QUEL AVENIR POUR LA LANGUE FRANÇAISE?

LA LANGUE À TERRE

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Photo Christian Asselin 

On reconnaît, de gauche à droite, Jean- Pierre Roy, documentariste, Claire Portelance, enseignante, Michel Breton, documentariste, et Emmanuelle Jalbert, enseignante.ne centaine d’étudiants du collège Lionel- Groulx ont assisté, le 30 mars, au documentaire La langue à terre, produit par Jean-Pierre Roy et Michel Breton. En réalisant ce film, les cinéastes ont voulu démontrer, ou plutôt dénoncer, le fait que la société québécoise ne cesse de s’angliciser depuis de nombreuses générations.

Lancé le 29 août 2013 au Festival des films du monde de Montréal, La langue à terre a été réalisé avec un budget limité, sans distributeur, sans producteur et surtout, sans bailleurs de fonds.

« Nous nous sommes dits qu’il fallait faire quelque chose pour réveiller les francophones qui sont plongés dans une espèce d’inertie, d’apathie», a mentionné Jean- Pierre Roy, quelques minutes seulement avant que son film ne soit présenté aux étudiants. Le cinéaste a profité de sa tribune pour s’insurger contre cette réalité de plus en plus audible, dans la métropole notamment: l’anglais est en train de prendre le dessus sur le français.

« Les francophones se disent que ce n’est pas grave, mais c’est grave!, a- t- il poursuivi. Montréal est la métropole, le coeur de notre culture. Nous voulions donc faire un film qui allait nous permettre de mettre notre point sur la table et se demander ce que nous faisons collectivement pour que le français soit la langue commune à tous les Québécois.»

Pour expliquer qu’il se soit lancé dans cette aventure, Michel Breton a quant à lui raconté avoir dû s’absenter régulièrement du Québec à une certaine époque pour poursuivre, ailleurs, ses activités professionnelles. Chaque fois qu’il rentrait, il demeurait bouche bée de voir à quel point l’anglais gagnait du terrain.

« Lorsqu’on m’accueillait dans les commerces montréalais, c’est passé du Bonjour / Hi, au Hi / Bonjour, puis au Hi tout court! Je me suis dit qu’il y avait vraiment un problème! »

LA LANGUE EST RENDUE TABOU

Claire Portelance et Emmanuelle Jalbert, respectivement enseignantes de science politique et de français à Lionel-Groulx, sont à l’origine de la présentation de La langue à terre au Théâtre du Collège. En invitant leurs étudiants à visionner le documentaire, elles souhaitaient ainsi les sensibiliser à une réalité de plus en plus présente au Québec.

« Dans le cadre de mon cours de science politique, j’aborde la question nationale. La bilinguisation, dans le monde du travail surtout, est rendue la norme à Montréal », a indiqué Mme Portelance pour expliquer son désir de présenter ce documentaire à ses étudiants. « La langue française est devenue un sujet tabou. L’anglais est la langue d’usage à Montréal et cela se perçoit aussi à l’écrit, mais peu de personnes en parlent. La langue française n’est même pas maîtrisée dans des institutions où elle devait l’être », de renchérir Mme Jalbert qui, comme sa collègue, s’inquiète donc de l’avenir réservé à la langue française dans la province, une langue qui devrait, selon elles, être davantage valorisée.

L’AVIS D’EXPERTS

Dans La Langue à terre, non seulement MM. Roy et Breton donnent-ils la parole à des personnalités publiques contemporaines telles que Pierre Curzi, Biz de Loco Locass, Charles Castonguay, Serge Bouchard, Louise Beaudoin, Bernard Landry et Victor-Lévy Beaulieu, pour ne nommer que celles-là, mais, pour illustrer leur propos, ils utilisent aussi des images d’archives, mettant entre autres en vedette des anglophones de souche. Bernard Pivot et Jean-Pierre Raffarin y sont également interrogés.

Un discours prononcé par Pierre Curzi, inclus dans le documentaire, résume bien la trame de fond, l’idée générale véhiculée dans La langue à terre.

« Quand on parle de culture, dit M. Curzi, ça veut dire travailler dans une langue, s’informer dans une langue, étudier dans une langue, ça veut dire créer, aimer, désirer et créer une descendance dans une langue. C’est ça, une culture! »

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