Avez-vous la langue à terre?

… par Sophie Durocher, 3 septembre 2013

Il faut que les grenouilles québécoises sentent l’eau chaude ! » C’est le cri du cœur que lance Biz, de Loco Locass, dans La langue à terre, un documentaire sur l’anglicisation du Québec, présenté au FFM.

Et vous savez quoi? J’espère, comme Biz, que les francophones vont se réveiller avant qu’il ne soit trop tard….

MINUIT MOINS UNE

Si vous jetez une grenouille dans l’eau bouillante, elle ressortira aussitôt de la marmite. Placez-la dans l’eau froide et montez la chaleur petit à petit. La grenouille s’habituera peu à peu et quand l’eau sera bouillante, il sera trop tard, elle sera morte.

Biz a raison. Les francophones au Québec sont comme des grenouilles en train de se faire ébouillanter. L’anglais prend peu à peu plus de place dans l’affichage, les immigrants choisissent l’anglais, on utilise des tonnes de mots anglais: on s’y habitue et on ne fait rien. Quand le français aura disparu, il sera trop tard pour le petit batracien francophone.

Le documentaire La langue à terre  de Jean-Pierre Roy et Michel Breton ne fait que confirmer le cri d’alarme que lancent plusieurs commentateurs (dont je fais partie) au sujet de l’anglicisation de Montréal, de l’affaiblissement de la loi 101 (247 amendements au fil des ans !) et de l’absence de ressources pour la francisation des immigrants.

Mais c’est le témoignage de la politologue Josée Legault qui m’a le plus interpellée. Elle rafraîchit la mémoire à ceux qui auraient oublié qu’en 1995, le gouvernement Parizeau avait commandé une étude sur la situation linguistique. Or, qu’est-il arrivé ? Le rapport Legault-Plourde qui en est sorti a été jugé tellement alarmiste par Lucien Bouchard qu’il l’a balayé sous le tapis! «Lucien Bouchard ne voulait pas entendre l’heure juste», lance Josée Legault, encore fâchée 17 ans plus tard.

SE FERMER LES YEUX

Dans le Journal  l’autre jour, Lise Ravary critiquait ce documentaire comme étant alarmiste. Elle allait même jusqu’à dire que les discours enflammés de Pierre Curzi sur la langue lui glaçaient le sang.

Moi, ce qui me glace le sang, c’est quand je vois dans le documentaire deux statistiques mises en parallèle: le Québec coupe 600 000 $ dans les cours de francisation aux immigrants et il donne deux millions pour angliciser les immigrants.

Les deux réalisateurs ont fait leur film «à compte d’auteur». Ils ne sont pas allés voir les institutions pour téter du financement, afin d’avoir les coudées franches.

Leur film n’est pas parfait, mais c’est le cri du cœur de deux amoureux du français qui ont peur que dans 50 ans le Québec devienne comme la Louisiane.

Je leur souhaite de trouver rapidement un télédiffuseur pour que La langue à terre  soit vu par le plus grand nombre et suscite un vrai débat au Québec.

EN FRANÇAIS SVP

Parlant du mélange de français et d’anglais qu’on parle au Québec, avez-vous vu les publicités de Julie Bélanger et José Gaudet pour Ça finit bien la semaine ? Ça va être «le fun», on va faire «le party», il va y avoir un coin pour «les girls», un coin pour «les boys», les vedettes les plus «hot» de la semaine…

Ça, ça me met la langue à terre. »

Source: http://www.journaldemontreal.com/2013/09/03/avez-vous-la-langue-a-terre